En s'allongeant sur son gros tas d'or dans la grande cave, Smaug souffla. Cela faisait à présent
plus d'un siècle et demi qu'il s'était installé en Erebor, sous la Montagne. "Cent
soixante et onze ans exactement !" pensa-t-il, révélant les rangées
de dents pointues qui ornaient sa gueule. Il avait toujours été fier de ses
connaissances concernant le compte des années, jamais il ne s'était trompé.
"C'était une magnifique journée de l'an deux mille sept cent
soixante-dix du Troisième Âge des Elfes, des Hommes et des Nains", se rappela-t-il.
Smaug, alors moins âgé de plusieurs décennies, était moins grand
et moins gros, mais bien plus fougueux et bien plus aventureux. Il habitait alors dans une
sombre caverne, loin dans le Nord, et s'ennuyait considérablement. Ce jour-là,
il avait appris de la bouche d'un jeune dragonneau, qui venait pour l'embêter et qu'il
avait ensuite croqué, que des Nains avaient, selon les dires, amassés une fortune
colossale en métaux et pierres précieuses, sous une montagne appelée
Erebor. Smaug, s'ennuyant fortement et n'ayant pas envie de finir le restant de sa vie dans
le Grand Nord, s'était envolé pour le Sud en espérant que le jeune dragonneau,
dont les restes gisaient au fond de son ancienne demeure, n'avait pas menti.
Smaug avait alors fait route vers le Sud, espérant trouver à l'arrivée
une grande montagne, regorgeant d'or et de pierres précieuses, gardée seulement
par quelques Nains empâtés et dodus qu'il ne lui serait pas trop difficile de
mettre en déroute et d'attraper pour les manger.
Au bout de quelques jours, il était arrivé en vue de la Montagne
et avait alors commencé quelques tours destinés à impressionner les Nains.
Il avait commencé à battre beaucoup plus vite des ailes, produisant un bruit
proche de celui d'un ouragan et avait frôlé de ses larges ailes les pins de la
Montagne, les faisant grincer et craquer et en déracinant quelques uns.
Il s'était alors posé sur la montagne dans une trombe de feu, puis avait descendu
la pente et avait atteint les bois qui s'étaient tous mis à flamber, embrasés
par son souffle chaud et puissant. A ce moment-là, un son de cloches et de carillons
lui était parvenu et il s'était retourné pour s'apercevoir que la Montagne
des Nains côtoyait une cité remplie d'Hommes forts et beaux. Smaug avait alors
maudit le jeune dragonneau et s'était félicité de l'avoir mangé pour
cette omission. Il s'était alors approché de la grande porte creusée
dans la montagne lorsque des Nains en étaient sortis. Smaug en avait alors carbonisé la
plupart tandis que les autres étaient repartis en sens inverse, à l'intérieur
de la montagne. Entendant des cris et le tintement de l'acier loin derrière lui, provenant
des guerriers venants de la ville des Hommes, qui avançaient à sa rencontre,
Smaug avait plongé dans la rivière sortant de la grande porte de la montagne,
et au contact de son corps brûlant, l'eau de celle-ci s'était évaporée
et avait formé un brouillard qui s'était étendu jusqu'à la ville
en contrebas. Smaug avait alors fondu sur les guerriers rassemblés entre la cité et
lui et en avait détruit la plupart.
Après quoi, il était retourné se glisser sous la Porte Principale d'Erebor
et avait fait place nette sous la Montagne. Il s'était faufilé dans tous les
passages, les tunnels, les allées, les caves, les salles et les appartements, croquant
ou carbonisant tout Nain qu'il rencontrait, qui lui résistaient ou qui s'enfuyaient.
A la fin de cette journée mémorable, il ne restait plus un seul Nain vivant
sous la Montagne.
Pendant plusieurs jours, Smaug avait rassemblé tout les objets ayants de
la valeur, allant d'une petite coupe en étain jusqu'à une grosse pierre brillant
de mille feux, au centre d'une grande cave, au beau milieu de la Montagne. Il s'était
alors reposé durant bien des années, sortant quelques fois au dehors pour enlever
des gens de la cité prés de la montagne, principalement des jeunes filles, pour
les dévorer, jusqu'à ce qu'enfin la ville fût ruinée.
"Cela fait bien longtemps que je ne suis pas sorti de sous cette Montagne,
pensa Smaug, au point que l'on doit se demander si j'existe encore." Finalement, il s'endormit
profondément, un bruit monotone s'échappant de ses mâchoires et de ses
naseaux.
Lorsque Smaug se réveilla, il y avait une bouffée d'air étrange
dans sa caverne, comme un courant d'air frais. Smaug regarda aussitôt dans
la direction du petit trou, ce petit trou qu'il n'avait jamais beaucoup aimé voir là.
Il se demanda pourquoi il ne l'avait jamais obturé, ce petit trou noir. Il y avait également
une autre odeur dans l'air, une odeur qu'il ne reconnaissait pas. Ce n'était ni une
odeur de Nain, ni une odeur d'Homme, ni une odeur d'Elfe. Il remua et tendit le cou pour renifler.
Alors, il vit que la coupe manquait…
Essai envoyé par Derufin