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 Etudes - Essais et histoires - La magie dans l’œuvre de J.R.R. Tolkien (1/7)
La magie dans l’œuvre de J.R.R. Tolkien


Les problèmes de définition
   Avant toute autre chose, il est important de bien cerner ce qu’on met sous le terme de « magie ». La magie peut se définir, dans un monde matériel comme celui où nous vivons, par le fait d’agir sur la matière par des moyens immatériels (c’est-à-dire spirituels), ou bien par le fait, pour une créature dont l’esprit et le corps sont liés, de séparer l’esprit du corps, sans pour autant mourir, ce qui permet ensuite l’action de l’esprit seul, sans l’aide du corps (c’est-à-dire l’action sur d’autres esprits, la communication avec d’autres esprits, ou l’action par l’intermédiaire d’un autre corps).
   Cette définition (un peu abstraite) pose quelques problèmes dans l’œuvre de Tolkien. En effet, il n’a cessé de dire que le terme ne convenait pas vraiment à l’idée qu’il souhaitait exprimer, mais il l’a finalement choisi par défaut ; de même pour le mot « wizard », magicien ou plutôt mage, qu’il a utilisé pour sa proximité avec « wise », sage. J’emploierai donc moi aussi ce terme.
   Ces hésitations de Tolkien, ainsi que quelques passages du Seigneur desAnneaux, comme celui où l’on voit Galadriel hésiter sur la définition du mot, ont fait se demander à certains si son univers contenait bien de la magie. Néanmoins, il me semble qu’on peut répondre à cette question : la magie existe bel et bien chez Tolkien. Ses manifestations (selon la définition donnée plus haut) sont à la fois trop nombreuses et trop évidentes pour être niées, même si elles sont souvent discrètes. Il faut bien se rappeler que, si certaines personnes répugnent à employer ce mot, c’est d’abord parce qu’il contient une connotation d’inhabituel, alors que pour eux le phénomène est quotidien et « naturel », et ensuite parce qu’il englobe des pratiques aux buts et aux fonctionnements extrêmement différents, mais qui correspondent toutes à notre définition.
   Cet essai contient des hypothèses visant à expliquer le rôle de la magie dans l’œuvre de Tolkien (point de vue externe) et dans son monde (point de vue interne), à résoudre les problèmes que pose l’œuvre par rapport à ce qu’il a pu dire ailleurs (par exemple, pourquoi des Humains, tels Aragorn ou le Roi-Sorcier, de son vivant, disposent visiblement de pouvoirs magiques alors que Tolkien a précisé dans une de ses lettres que les Humains sont dénués de magie) et à tenter de comprendre les mécanismes de phénomènes « inhabituels », visiblement « magiques », qui se déroulent sur Arda. C’est d’ailleurs par là que je commencerai : quels sont les différents types de magie dans le monde de Tolkien ? Comment fonctionnent-ils ?

Les différents types de magie
   L’étude de l’œuvre de Tolkien fait apparaître fondamentalement deux types de magie : la magie spontanée, ou innée, telle que la pratiquent Elrond lorsqu’il emploie ses pouvoirs de guérisseur, ou encore les divinités ; et la magie rituelle, ou acquise, utilisée par exemple par tous ceux qui gravent des runes sur des objets pour leur donner un pouvoir qu’ils n’avaient pas auparavant.
   La magie spontanée est une forme naturelle de pouvoir. Les créatures qui en disposent la reçoivent dès la naissance et la portent en eux toute leur vie, même s’ils ont parfois besoin d’un apprentissage avant de s’en servir correctement. Il est bien entendu impossible d’acquérir une forme de magie spontanée que l’on n’aurait pas « naturellement ». Pour Tolkien, c’est là la seule « véritable » magie ; elle est inhérente aux individus concernés.

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