|
La magie dans l’œuvre de J.R.R. Tolkien |
Les problèmes de définition
Avant toute autre chose, il est important de bien cerner ce qu’on met
sous le terme de « magie ». La magie peut se définir,
dans un monde matériel comme celui où nous vivons, par le fait
d’agir sur la matière par des moyens immatériels (c’est-à-dire
spirituels), ou bien par le fait, pour une créature dont l’esprit
et le corps sont liés, de séparer l’esprit du corps, sans
pour autant mourir, ce qui permet ensuite l’action de l’esprit
seul, sans l’aide du corps (c’est-à-dire l’action
sur d’autres esprits, la communication avec d’autres esprits, ou
l’action par l’intermédiaire d’un autre corps).
Cette définition (un peu abstraite) pose quelques problèmes
dans l’œuvre de Tolkien. En effet, il n’a cessé de
dire que le terme ne convenait pas vraiment à l’idée qu’il
souhaitait exprimer, mais il l’a finalement choisi par défaut ;
de même pour le mot « wizard », magicien ou plutôt
mage, qu’il a utilisé pour sa proximité avec « wise »,
sage. J’emploierai donc moi aussi ce terme.
Ces hésitations de Tolkien, ainsi que quelques passages du Seigneur
desAnneaux, comme celui où l’on voit Galadriel hésiter
sur la définition du mot, ont fait se demander à certains si
son univers contenait bien de la magie. Néanmoins, il me semble qu’on
peut répondre à cette question : la magie existe bel et
bien chez Tolkien. Ses manifestations (selon la définition donnée
plus haut) sont à la fois trop nombreuses et trop évidentes
pour être niées, même si elles sont souvent discrètes.
Il faut bien se rappeler que, si certaines personnes répugnent à employer
ce mot, c’est d’abord parce qu’il contient une connotation
d’inhabituel, alors que pour eux le phénomène est quotidien
et « naturel », et ensuite parce qu’il englobe des pratiques
aux buts et aux fonctionnements extrêmement différents, mais
qui correspondent toutes à notre définition.
Cet essai contient des hypothèses visant à expliquer le rôle
de la magie dans l’œuvre de Tolkien (point de vue externe) et dans
son monde (point de vue interne), à résoudre les problèmes
que pose l’œuvre par rapport à ce qu’il a pu dire ailleurs (par
exemple, pourquoi des Humains, tels Aragorn ou le Roi-Sorcier, de son vivant,
disposent visiblement de pouvoirs magiques alors que Tolkien a précisé dans
une de ses lettres que les Humains sont dénués de magie) et à tenter
de comprendre les mécanismes de phénomènes « inhabituels »,
visiblement « magiques », qui se déroulent sur Arda.
C’est d’ailleurs par là que je commencerai : quels sont
les différents types de magie dans le monde de Tolkien ? Comment
fonctionnent-ils ?
Les différents types de magie
L’étude de l’œuvre de Tolkien fait apparaître
fondamentalement deux types de magie : la magie spontanée, ou
innée, telle que la pratiquent Elrond lorsqu’il emploie ses pouvoirs
de guérisseur, ou encore les divinités ; et la magie rituelle,
ou acquise, utilisée par exemple par tous ceux qui gravent des runes
sur des objets pour leur donner un pouvoir qu’ils n’avaient pas
auparavant.
La magie spontanée est une forme naturelle de pouvoir. Les créatures
qui en disposent la reçoivent dès la naissance et la portent en
eux toute leur vie, même s’ils ont parfois besoin d’un apprentissage
avant de s’en servir correctement. Il est bien entendu impossible d’acquérir
une forme de magie spontanée que l’on n’aurait pas « naturellement ».
Pour Tolkien, c’est là la seule « véritable » magie ;
elle est inhérente aux individus concernés.
|